A table!
Quand nous sommes entrés dans la salle de montre, ça a tout de suite été le coup de foudre. Il y avait 26 ans que nous rêvions d’acheter une table de style réfectoire et voilà qu’elle s’offrait à nos yeux, dans toute sa splendeur : panneau unique, bois recyclé, tons de rouille qui laissent voir le grain du bois marqué par les années… Quoi de plus romantique que de repartir, main dans la main, après avoir acheté son premier ensemble de salle à manger… À part peut-être le recevoir exactement comme on l’a commandé. Nous n'avons pas eu ce bonheur.
Nous nous sommes toutefois faits à l’idée, car vous conviendrez qu'elle a quand même fière allure. Si on aime le rustique. Heureusement, les chaises en gros cuir que nous avons achetées produisent un contraste ayant du potentiel. Nous nous félicitons de ne pas avoir acheté des chaises en tissus ou en cuir aviateur! Nous avons donc gardé la fameuse table. Comme on dit, qui choisit prend pire. Mais nous avons aussi gardé un bien mauvais souvenir de notre expérience d'achat. Nous craignions aussi d'être à nouveau déçus et nous n'avions pas envie d'attendre un huit semaines supplémentaire. Voici tout de même nos doléances, en espérant qu'elles seront utiles à quelqu'un.
Il faut tout faire écrire, et malgré cela...
Couleur : Même si nous avions pris soin de faire écrire nos préférences, nous avons quand même reçu un produit décevant. La couleur était beaucoup plus foncée que ce à quoi nous nous attendions, ce qui fait qu’on ne voit à peu près pas le grain du bois. On nous avait dit qu'il y aurait une légère différence dans l'intensité, mais la différence était au niveau de la couleur elle-même.
Fini : La table a un fini « raboté à la main » très prononcé que nous n’avions pas demandé (le bois recyclé a l'air bien assez vieux comme ça). Nous avions pourtant montré, touché du doigt ce que nous voulions. Le vendeur nous avait monté ce fini raboté plus d'une fois, et nous avions dit non avec insistance. Ce n'était pourtant pas difficile à comprendre : exactement la même table que dans le magasin, plus deux rallonges en bois neuf. Quelle partie d'« exactement » n'a-t-il pas compris? Le vendeur a joué sur les mots en disant que le bois recyclé ne pouvait pas être parfaitement lisse. Nous étions en droit de nous attendre au fini vu en salle, non? Quand même. Ce que nous avons reçu, c'est un fini raboté à la main exprès.
Finition : « Ayez le souci du détail », ça non plus ça ne s'écrit pas sur un bon de commande. Certaines aspérités ont été remplies avec une pâte de bois très apparente, que même les enfants ont remarquée. Un des trous mesure près de deux pouces de long et forme un creux dans la table. Les rallonges noires, qui devaient être en bois neuf parfaitement lisse, comme la base de la table, avaient été elles aussi rabotées à la main et vieillies exprès. En outre, la table avait été déposée sur des tréteaux, lors de la teinture, et on n'avait pas pris la peine de passer un petit coup de chiffon imbibé de teinture pour masquer le blanc laissé par les tréteaux. Ils ont dû se dire : « Ça ne paraît pas, c'est sous la table ». La barre centrale, encore sous la table, n'était pas bien fixée non plus et ballottait. Il a fallu qu'on vienne nous mettre une grosse vis argent dessous. « Ça non plus, ça ne paraît pas ». Du bizounage! Paieriez-vous le gros prix pour une table bizounée? En plus, un des bords de la table n'est pas parfaitement droit. Ça, ça s'arrange, même avec du bois recyclé. Même avec du carton... Il est un peu concave, ce qui fait qu'il y a une fente assez large pour voir par terre entre le bord de la table et celui de la rallonge. C'est mal fait, tout simplement.
Nous avons rapporté les rallonges noires, dont le rabotage était en plus dans le sens contraire de celui de la table, et nous les avons fait refaire. Ça a pris huit semaines! Nous avons gardé ces deuxièmes rallonges, même si le faux vieillissement, qui devait être léger, n'a pas été bien fait (les coups de chiffon sont apparents). Nous ne voulions plus entendre parler d'eux.
Délais : De six à huit semaines? Si ça ne peut pas arriver dans six semaines, pourquoi en parler? Ça nous aurait évité la série d'excuses et d'explications interminables qu'on nous a données quand nous avons fait notre suivi. Nous avons mieux à faire que d'écouter des histoires à dormir debout. Donc, neuf semaines de fabrication, plus huit semaines pour deux malheureuses rallonges, ça fait dix-sept semaines avant d'avoir le tout. Nous devions avoir la table pour Pâques, nous l'avons eu terminée pour les vacances de juillet. Laissez moi vous dire que le lapin de Pâques a eu en masse le temps de changer de poil.
Prix : Ce qui nous beaucoup frustrés, c’est le manque de transparence du fournisseur. D’abord, on nous avait fait un prix (par écrit) sur lequel on a tenté de revenir au moment de l’achat. Le vendeur a prétendu que la propriétaire, qui nous avait donné les prix, s’était sûrement trompée (ben oui, pauvre femme d'affaires qui sait moins ce qu'elle fait que son commis, as if!), et qu'elle devait croire que nous parlions d’un autre modèle. Voyons! Nous avions discuté près d'une heure, assis à la table en question. Difficile de se tromper. Après de pénibles négociations, pendant lesquelles nous savions bien que nous avions raison et que le vendeur cherchait un moyen de sauver la face, nous avons fini par obtenir sensiblement le prix qui nous avait été offert au début, mais nous n’avons pas aimé avoir à supporter toute la mise en scène; le gros, gros effort qui fait mal pour réduire le prix — comme si on nous faisait une faveur. Surtout pas de la part d’un fournisseur bien en vue et visiblement prospère. Nous avions l’impression de négocier avec un concessionnaire automobile de boulevard!
Il y a quelques petites leçons à tirer de tout cela.
Leçon numéro 1 : Quand ça part mal, il faut se sauver en courant pendant qu'il en est encore temps. Nous avons été trop émotifs, et nous aurions dû être patients et aller ailleurs.
Monsieur de l'Emporium, ce n’est jamais payant de prendre le client pour un twit. Nous avons commandé la table, mais pas les huit chaises parsons qui allaient avec (six chaises à 600 $ et deux, à 1 000 $). Nous étions trop frustrés de la mise en scène qu'on nous a fait supporter lors de la renégociation du prix pour leur faire ce plaisir. C'est Mobilia qui a eu notre argent.
Leçon numéro 2 : Ne jamais compter sur la date la plus proche.
Monsieur de l'Emporium, si vous prenez tout comme une attaque personnelle, changez de métier. Un client a le droit — que dis-je, le devoir! — de se renseigner. Lorsque nous avons fait un suivi au bout de ce terme, tout ce que vous avez trouvé à nous dire c’est : on n’avait rien promis! De simple visite en passant pour demander où on en était, c’est devenu une séance de pointage de doigt et un cours ridicule sur la fabrication de meubles.
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